Pékin prend l’initiative (Un texte qui dissèque la crise monétaire)
Présentation
Ce document nous a séduit par le caractère exhaustif de l’exposé qu’il fait de la crise monétaire actuellement traversée par le monde. Aucun détail n’y manque à la compréhension de cette crise. Ses racines sont parfaitement déchiffrées, comme ses conséquences à court et long terme. Il est à la portée de tout lecteur. Il séduira à la fois les économistes, aussi bien que les personnes non familières du sujet.
Il a été édité dans le numéro 107, octobre – novembre 2009, de MANIÈRE DE VOIR (Le Monde diplomatique), et vous est présenté par :
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Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe française
Pékin prend l’initiative (Un texte qui dissèque la crise monétaire)
En proposant de remplacer le dollar par une monnaie de réserve internationale, les dirigeants chinois ont surtout voulu prendre date. Leur pays ne se contentera plus d’un rôle secondaire sur la scène mondiale, même s’il n’est pas encore en mesure de se placer en position de superpuissance.
Par Martine Bulard
L’une finance, l’autre achète. La Chine, est devenue le banquier (le numéro un, sinon le seul) des États-Unis, qui dépensent sans compter pour acheter des marchandises fabriquées sur le territoire chinois – ces ventes permettent à Pékin d’accumuler des réserves qui lui serviront à prêter à Washington, qui importera des produits chinois… Cela dure depuis plus de deux décennies. Toutefois, avec la tourmente financière, l’Amérique en récession achète de moins en moins, et la Chine, en crise, se fait parfois tirer l’oreille pour continuer à mettre au « pot au noir » de la dette américaine.
Malgré ces grains de sable, la mécanique semble si bien huilée que l’on parle de plus en plus de « Chinamérique ». Une sorte de monstre à deux têtes, où faux-communiste et plus-vraiment-Iibéral s’allieraient pour diriger les affaires du monde. À elle seule, la formule est symbolique du basculement du monde économique et financier. Un groupe des deux (G2) est censé remplacer le club des huit puissances les plus riches du monde (G8).
II est vrai que Pékin possède la plus grande réserve mondiale de dollars : 2000 milliards, fin 2008. Cela représente plus des deux tiers d’une année de production chinoise. Ce qui confère quelque pouvoir… et responsabilités internationales. Si le tsunami emportait le système financier américain, entrainant le billet vert dans la tourmente, le pactole chinois se dégonflerait comme une baudruche. C’est d’ailleurs ce qui empêche la Chine d’arrêter la machine, de refuser de souscrire les prochains bons du Trésor américains ou de diminuer spectaculairement ses réserves de change en dollars. Toute chute du billet vert entrainerait une montée du yuan (et donc renchérirait les produits exportés); surtout, elle conduirait à une dévalorisation de ses réserves, un peu comme si, ces dernières décennies, la Chine avait été payée en monnaie de singe. Voilà qui peut calmer bien des ardeurs.
Autrement dit, les États-Unis ne peuvent pas plus se passer des financements de la Chine que Pékin ne peut se désintéresser du sort du géant américain. Dès l’explosion de la crise financière, dans un entretien au magazine américain Newsweek, le premier ministre chinois Wen Jiabao déclarait: « Nous devons nous unir. » « En ces temps si difficiles, a-t-il précisé, la Chine a rejoint les États-Unis. Et nous pensons qu’un tel coup de main devra aider à stabiliser l’économie et la finance mondiales, et empêcher un chaos majeur (1).» De là à dire qu’ils vont s’entendre comme larrons en foire pour dicter leur loi au monde, il y a un pas qu’il serait fort imprudent de franchir.
Si la Chine a conquis le rang de troisième puissance économique du monde – certains pronostiquent même sa montée à la deuxième place dès 2010, en raison de la chute du Japon -, elle n’en reste pas moins très éloignée du niveau américain. Son produit national brut représente la moitié de celui des États-Unis: 7800 milliards de dollars en 2008 (en parité de pouvoir d’achat), contre 14300 milliards de dollars.
Comme le résume parfaitement Dingli Shen, directeur de l’Institut d’études internationales à l’université Fudan de Shanghaï, « le temps n’est pas encore où la Chine serait sur un pied d’égalité avec les États-Unis, mais le changement relatif de centre de gravité doit lui donner confiance (2) ». Elle n’en manque pas vraiment. Elle entend même jouer de plus en plus fort sa propre partition pour défendre ses intérêts stratégiques – parfois en parfaite complicité avec le géant américain, parfois en totale dissonance.
Ainsi, à la veille de la réunion des vingt principaux pays développés et émergents du monde (G20) à Londres le 2 avril 2009, les dirigeants chinois ont lancé une petite bombe qui a secoué le landerneau monétaire : un acte d’accusation, en bonne et due forme, signé par le gouverneur de la Banque de Chine en personne, M. Zhou Xiaochuan : « L’éclatement de la crise et son débordement dans le monde entier reflètent les vulnérabilités inhérentes et les risques systémiques dans le système monétaire international » dont la monnaie pivot est le billet vert américain. En conséquence, il réclame une « monnaie de réserve internationale, déconnectée des nations individuelles » et de leurs objectifs purement internes; une monnaie « capable de rester stable sur le long terme ». Et de proposer une piste pour avancer dans cette voie : les droits de tirage spéciaux (DTS). Il s’agit d’une unité de compte, déterminée à partir d’un panier de monnaies, déjà utilisée par le Fonds monétaire international (FMI) et certains autres organismes, mais qui n’a aucun rôle international. Pour M. Zhou, ces DTS ont le « potentiel » pour devenir « monnaie de réserve supranationale ». Pris de court, le secrétaire d’État au Trésor, M. Timothy Geithner, s’est montré plutôt favorable à la proposition – entrainant immédiatement une chute du dollar avant de se rétracter.
En fait, en contestant ouvertement l’hégémonie du dollar et en plaidant pour une monnaie commune mondiale, Pékin a trois objectifs en tête. D’abord, empêcher toute mise en cause de sa propre monnaie, alors qu’à peine nommé, en janvier 2009, M. Geithner l’avait accusé de « manipuler sa monnaie ». Les autorités chinoises partent d’autant plus rapidement à l’offensive que le yuan, déjà notoirement sous-évalué, a stoppé sa (très) lente marche vers la réévaluation (+ 15 % vis-à-vis du dollar entre juillet 2005 et novembre 2008).
Deuxièmement, le gouvernement chinois craint une forte dévalorisation du dollar, entrainant une chute de ses énormes réserves. À commencer par ses 750 milliards de dollars de bons du Trésor accumulés fin février 2009. La crainte est fondée. Pour j’heure – et en l’absence de monnaie alternative – le billet vert est toujours demandé et sa valeur se maintient. Mais Washington fait marcher la planche à billets pour financer son plan de relance. Ce qui va immanquablement relancer l’inflation. Deux risques pointés, dès le 19 février 2009, par le très officiel People’s Daily ( Le Quotidien du peuple ), qui se demandait « d’où viendra l’argent du plan de relance américain? ». Et de désigner les dangers : « Voir le dollar perdre de sa valeur » (« pour les pays qui ont de fortes réserves étrangères en dollar; cela n’a rien d’une bonne affaire ») et « voir surgir une nouvelle vague d’inflation ».
Troisième et dernier objectif visé par le pouvoir chinois : obtenir rapidement des changements dans les règles de fonctionnement du FMI. Troisième économie mondiale, la Chine n’y dispose que de 3,6% des droits de vote; même le numéro deux mondial, le Japon n’en possède que 6% alors que les États-Unis s’en arrogent… 16,8 %. Comme le note le diplomate singapourien Kishore Mahbubani, « les Asiatiques, qui constituent plus de 53 % de la population mondiale (…), n’ont jamais pu diriger le FMI et la Banque mondiale. Selon des règles informelles mais incontournables, le dirigeant du FMI doit être obligatoirement européen et celui de la Banque mondiale, américain. Ce fonctionnement est d’un anachronisme total (3) ». Les États-Unis et les Européens ( les deux tiers des droits de vote dans l’instance internationale ) ne pourront durablement camper sur leurs positions : demander aux autres de financer et garder pour eux les leviers de commande.
D’une façon plus générale, le temps où les Occidentaux décidaient seuls des affaires du monde est révolu. La proposition chinoise de recourir aux DTS pour le commerce mondial a reçu un écho favorable dans les pays dits émergents. Dès le début 2009, Moscou avait réclamé des changements. M. Alexeï Koudrine, ministre des finances, déclarait que « la création d’une unité monétaire internationale est une initiative audacieuse qui nécessite une vision et un courage hors pair. (…) À court terme, la communauté internationale, et en particulier le FMI, devrait au moins reconnaitre le problème et faire face aux risques découlant du système actuel ». Il proposait lui aussi d’utiliser les DTS.
À la mi-juin 2009, pour leur premier sommet de chefs d’Etat, les BRIC – comme on dit pour désigner le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine ont rappelé qu’YJ1 « ordre mondial multipolaire » se met en place et réclamé « une réforme des institutions internationales qui doivent refléter les changements de l’économie mondiale ». Et notamment « un système monétaire plus diversifié ».
Le système actuel, né de l’après seconde guerre mondiale, reflète le rapport des forces politiques et économiques de l’époque. Les États-Unis sont les seuls à sortir plus riches du conflit. La Grande-Bretagne, endetté, est affaiblie; la France, à bout de souffle; l’Union soviétique, exsangue. Les accords de Bretton Woods – du nom de la ville du New Hampshire où sont définies les nouvelles règles financières en juillet 1944 – consacrent cette puissance. Ils affirment le rôle: pivot du dollar ( en lieu et place de la livre britannique ) et créent les deux institutions qui deviendront les bras armés de Washington: la Banque internationale pour la reconstruction et le développement ( BIRD, future Banque mondiale ) et le FMI. Le plan Marshall pour l’Europe est financé en dollars, pour affermir le poids du billet vert et assurer des débouchés aux productions américaines.
Un des célèbres négociateurs d’alors, John Maynard Keynes, essaie bien de s’opposer à cette mainmise en proposant un système monétaire fondé sur une unité de compte, une monnaie réellement internationale, le bancor. Le rapport des forces ne le permet pas. Le dollar s’impose et, avec lui, l’hégémonie des États-Unis sur le monde occidental. Les dirigeants américains peuvent faire ce qu’ils veulent, ce sont les autres qui paient. Quand la situation devient trop difficile, ils changent unilatéralement les règles du jeu. Selon l’expression fort célèbre du secrétaire américain au Trésor John Connally : « Le dollar est notre monnaie, mais il est votre problème. »
Ainsi, le 15 août 1971, le président Richard Nixon décrète que la monnaie américaine ne sera plus convertible en or. Il n’y aura plus que du papier, fluctuant au gré des marchés et des politiques américaines. Le « privilège exorbitant du dollar », dénoncé dès le milieu des années 1960 par le général de Gaulle, se renforce. Les gouvernements s’inclinent, les transactions commerciales se font principalement en billet vert, les banques centrales les engrangent ( aux côtés des marks, des yens, puis des euros… ). Aujourd’hui encore, ce système dollar domine la scène mondiale. Non seulement les États-Unis sont en mesure d’accumuler les dettes et de les faire acquitter par leurs «partenaires », mais ils peuvent à la fois attirer les capitaux sur leur territoire ( pour l’industrie, la recherche ou afin de renflouer des sociétés… ) et en exporter pour faciliter les implantations des multinationales à l’étranger. Si l’on considère l’ensemble des investissements directs étrangers ( IDE ) réalisés dans le monde en 2007, les États-Unis en demeurent les premiers bénéficiaires; ils sont également les premiers investisseurs à l’étranger. Ils jouissent ainsi d’un pouvoir exceptionnel de sélection géopolitique des capitaux.
Même s’il est toujours en vigueur, le système tremble sur ses bases. Les États qui ont accumulé des réserves ne se contentent plus de placer l’argent dans des banques comme l’avaient fait les pays exportateurs de pétrole dans les années 1970; ils ont créé ce que l’on nomme des « fonds souverains » ( 4000 milliards de dollars au moins ) qui servent à investir dans des projets de développement, plus ou moins pharaoniques comme dans les pays du Golfe, ou à racheter des sociétés étrangères. Une arme d’intervention que nombre de pays occidentaux craignent.
De plus, le poids du dollar dans les réserves de change mondiales a baissé de près de dix points en moins de dix ans: il représentait 62,4% des devises détenues par les banques centrales à la fin du premier semestre 2008, contre 71,2% fin 2000. Durant la même période, la part de l’euro est passée de 18,3% à 27 %. Symbole de la puissance japonaise des années 1970-1990 – laquelle poussait certains à pronostiquer ( déjà ) le « déclin américain » -, le yen a lui aussi décliné de 6,1% à 3,4 %. Cependant, ni l’euro ni bien sûr le yuan ne sont en mesure, pour l’heure, de prendre le relais du dollar. Seule la combinaison d’une puissance économique affirmée et d’une vision politique originale et attrayante peuvent faire basculer le système, ou, tout au moins, permettre de traiter d’égal à égal.
L’Union européenne, qui s’est engouffrée dans les délices de la dérèglementation à l’américaine, ne peut espérer relever ce défi. Moins touchée financièrement que les États-Unis, elle l’est tout autant voire plus dans les domaines économiques et sociaux. Sur le plan politique, l’Union demeure inexistante, et, contrairement à la fable médiatique, elle est restée « hors du coup » dans la crise. Certains de ses principes, présentés comme intangibles, sont même passés cul par-dessus bord – ce dont personne ne se plaindra. Adieu les critères de Maastricht qui devaient limiter les déficits publics. Exit le refus d’aides publiques aux groupes nationaux. Pas de programme unique d’action. Chaque État a adopté, peu ou prou, le plan de nationalisation bancaire défini à l’origine par le premier ministre travailliste Gordon Brown, le moins européen de tous, dirigeant d’un pays qui n’est même pas membre de la zone euro !
Quant à la Chine, elle n’est évidemment pas à l’abri de turbulences économiques et mêmes politiques. Les mouvements sociaux se développent. Au sein des équipes dirigeantes du Parti communiste et sur Internet, le débat prend corps sur la légitimité de la stratégie de ces dernières décennies. Le plan de relance exceptionnel lancé en novembre 2008 – 4 000 milliards de yuans, 465 milliards d’euros – a, dans un premier temps, permis d’éviter le pire. Pékin a conservé des instruments d’intervention publique, et sa croissance est arrimée à la production et à la recherche, ce qui n’est pas un détail. En effet, la crise systémique qui frappe les États-Unis et les pays européens montre que l’on ne peut durablement désarticuler les services et la finance de la production matérielle.
Bien sûr, le modèle de développement chinois est tiré par l’exportation ; la chute de la consommation chez ses deux principaux clients (les États-Unis et les pays de l’Union européenne) a entrainé une baisse des ventes et donc des volumes produits. Au début de l’année 2008, beaucoup de spécialistes tablaient sur un « découplage », la Chine poursuivant sa progression malgré l’effondrement des pays développés, 60 % de ses échanges commerciaux se réalisant avec les autres pays asiatiques. Mais, outre que ces derniers subissent eux aussi la crise ( le Japon est en pleine récession, la Corée du Sud souffre, l’Inde s’essouffle… ), entre la moitié et les deux tiers de ce commerce intra asiatique « termine sa course sur les marchés du G3 ( États-Unis, Union européenne et Japon ) », estime M. Sopanha Sa, économiste à la Société générale. Quand ce débouché se ferme, les conséquences sont immédiates: suppressions d’emplois ( de 20 à 25 millions selon les experts chinois en 2009 ), chômage élevé pour les jeunes diplômés ( 12 % officiellement, contre 4,6 % pour l’ensemble de la population ) et baisse des salaires ( entre 15 et 20% selon les études ).
Un éditorial – non signé – du People’s Daily résume parfaitement la situation : « Le mythe de Wall Street s’effondre », est-il écrit, et le commerce mondial est menacé. Mais surtout, « à long terme, les avantages relatifs du made in China pourront se réduire et la compétitivité de la Chine à l’exportation risque de s‘émousser. La géopolitique mondiale va devenir de plus en plus complexe, le néoprotectionnisme arriver et, dans l’avenir; les barrières commerciales plutôt grimper que diminuer (4). »
En somme, les autorités chinoises sont conscientes que s’ouvre une nouvelle phase; et elles cherchent d’autres relais de croissance. Le professeur Yang l’exprime sans détour: « Il n y a pas d’autre moyen que de développer le marché intérieur. Il faut désormais faire sérieusement ce que l’on annonce depuis longtemps. » Et notamment réduire les inégalités entre les villes et les campagnes. Déjà, la flambée des produits alimentaires a permis de relever le revenu des paysans de 17,9% au premier semestre 2008. Mais il ne suffit pas d’accroitre le pouvoir d’achat pour impulser la consommation : aujourd’hui, une partie de ce qui est gagné part dans l’épargne ( le plus haut taux du monde ), les familles mettant de l’argent de côté pour faire face à la maladie, ou à la retraite. Il faut donc simultanément continuer à construire un système efficace de sécurité sociale collective, encore embryonnaire, et augmenter les revenus.
Le plan de relance gouvernemental a mis l’accent sur la protection sociale, la reconstruction du système public de santé et, de façon plus immédiate, sur la réduction des taxes pour certains produits de consommation courante (électroménager. .. ). Les ressorts internes de la croissance ont déjà commencé à changer. Pour 2009, les spécialistes tablent sur une croissance aux alentours de 7 à 8% – ce qui ferait rêver n’importe quel dirigeant occidental. Mais, compte tenu des défis internes à relever (pauvreté, mécontentement paysan, fragilité politique des couches moyennes), descendre en deçà signerait assurément le début des ennuis. Ce qui n’est pas exclusif de la question désormais essentielle d’un nouveau mode de croissance, plus soucieux de l’environnement. Le second axe du plan de relance concerne les énergies vertes, les technologies de recyclage…
A l’extérieur, la Chine cherche à desserrer la contrainte du dollar. Ainsi, elle a recyclé une partie des excédents en Afrique et prêté des fonds, en dehors des conditions hier imposées par la Banque mondiale et le FMI. Elle multiplie les accords commerciaux bilatéraux pour assurer à la fois son approvisionnement énergétique (avec le Venezuela, la Russie, l’Irak, l’Iran) et de nouveaux débouchés (Japon, Inde… ). Elle autorise les pays dont les échanges commerciaux avec elle sont déficitaires à produire des obligations en yuans (et non en dollars) qu’elle souscrira. Un premier pas vers un yuan considéré monnaie de transaction.
Pékin a également appuyé la création du Fonds monétaire asiatique, lancé en mai 2008 avec le Japon et la Corée du Sud. Doté de 80 milliards de dollars, ce fonds leur garantit une solidarité financière ainsi qu’aux dix pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Anase, Asean en anglais), sans passer par le FMI, de sinistre mémoire dans la région.
Des initiatives similaires sont prises dans d’autres régions du monde, toutes désireuses de s’émanciper du dollar. En Amérique latine, une Banque du Sud, qui réunit l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, l’Équateur, le Paraguay, l’Uruguay et le Venezuela, vise à aider aux financements d’infrastructures, en dehors des instances de Bretton Woods. I..: Argentine et le Brésil ont décidé de payer leurs achats réciproques en monnaies locales, rayant le billet vert de leurs échanges. Comme on l’a vu, des liens institutionnels se nouent entre les BRIC. Le commerce Sud-Sud se développe à vive allure.
On reste encore loin d’un front uni susceptible d’imposer de nouvelles règles internationales qui détrôneraient le billet vert et ses béquilles institutionnelles, le FMI et la Banque mondiale. Mais des pistes se dessinent, telle celle du professeur Arvind Subramanian, qui, dans le Financial Times du 7 octobre 2008, imagine la Chine prêtant des fonds aux Etats-Unis sur le modèle des «conditionnalités» autrefois imposées par le FMI: les critères seraient cette fois publics (contrôle des banques) et sociaux (création de «filets de sécurité sociale»). La Chine, écrit-il, «se placerait en position de superpuissance ». Pour l’heure, Pékin n’en a ni le goût ni même les moyens. Mais demain?
Martine Bulard
(1) Entretien avec Fareed Zakaria, «We should join hands», Newsweek, New York, 6 octobre 2008.
(2) Propos rapportés par David Pilling, «America’s chance to kick ilS Asian addiction »,
Finallcia/nllles. Londres, 1″ octobre 2008.
(3) Kishore Mahbubani, Le Défi asiatique, Fayard, 2008.
(4) « Wall street turmoil tests China’s foreign trade » (« La tourmante de Wall street met à l’épreuve le commerce extérieur chinois »), People’s Daily, Pékin, 6 octobre 2008.
Chômage non payé aux États-Unis
Les États-Unis publient un très grand nombre de statistiques et d’informations. Certaines passent inaperçues, et pourtant, les plus anodines sont indispensables pour comprendre l’état assez pitoyable d’un pays que les médias présentent encore comme un modèle de démocratie.
Voici un article du New York times du 24 juillet 2009 qui en dit long sur les difficultés économiques quotidiennes qui frappent la population étasunienne en cette étape de la crise, et sur l’état de délabrement financier du pays.
« Fin de la crise » proclament en ce moment les médias ? À voir…
© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
Pendant des décennies, les États ainsi que les autorités fédérales aux États-Unis ont négligé le système d’assurance chômage, allant même jusqu’à quasiment le faire disparaître dans certains cas. Aujourd’hui, alors que la crise frappe de plein fouet le pays, le nombre de chômeurs explose, mettant à l’épreuve ce qui reste du système d’assistance sociale : allocation chômage, bons alimentaires et aides financières aux nécessiteux.
Leurs budgets lourdement amputés par des investissements risqués, les États voient par ailleurs leurs revenus fiscaux décliner avec la disparition de nombreuses entreprises et l’insolvabilité de centaines de milliers de leurs citoyens.
En résultat, de très nombreux États ne disposent plus des liquidités nécessaires pour verser les indemnités aux chômeurs et reportent le versement à plus tard – dans certains cas, des chômeurs attendent le versement de leur allocation depuis plusieurs mois.
Les centrales d’appel et agences pour l’emploi sont débordées. Parmi les millions de nouveaux chômeurs, certains ont déposé leur dossier au mois d’Octobre 2008 et attendent encore l’examen de leur situation !
Seize États des USA, ayant épuisé leurs budgets, ont déjà été obligés d’emprunter aux banques les sommes nécessaires aux paiements des allocations sociales (chômages, famille, médicales…). Ils pourraient être 32 États dans ce cas avant la fin de l’année.
Source : The New York Times
http://www.nytimes.com/2009/07/24/us/24unemploy.html?_r=1&hp
La France vit une épuration sourde de la part de ceux qui ne vont pas dans le sens des intérêts américains et israéliens
Poste par aserra dans Interviews le 12 septembre 2009
Nous avons trouvé cet interview particulièrement pertinent, à un moment où se répand sur les peuples des pays occidentaux, une idéologie dangereuse destinée à maintenir un bloc de pression (et d’oppression) sur la planète, dominé par les Etats-Unis. Ceux-ci sentent bien que leur hégémonie touche à sa fin, et cherchent par tous les moyens à écarter tous ceux qui s’élèvent contre cette domination injustifiée, en les empêchant de parler et d’informer l’opinion. Aymeric Chauprade est de ceux-là.
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Interview de Aymeric Chauprade par Hugues Wagner ( Afrique-Asie – Juin 2009 )

Hugues Wagner : On vous a accusé d’être un partisan de la théorie du complot alors que vous n’êtes pas réputé comme tel. Que s’est-il passé ?
Aymeric Chauprade : Tout est parti d’un article de Jean Guisnel dans l’hebdomadaire français Le Point du 5 février 2009, qui a demandé ma tête au ministre de la Défense parce que j’ai osé faire écho aux théories non conformistes sur le 11 septembre 2001. Mon dernier ouvrage commence en effet par un chapitre sur le 11-Septembre. J’ai voulu montrer que le choc des civilisations, c’est d’abord le fait qu’une immense partie de l’humanité, en dehors du monde occidental, ne croit pas à la version officielle de cet événement donnée par le gouvernement américain et qui est devenue la version obligatoire des médias occidentaux. Dans « Chronique du choc des civilisations » – qui est un atlas de géopolitique mondial et pas du tout un livre limité au 11 septembre -, je propose la synthèse, à ma connaissance la plus aboutie qui existe à ce jour, de ce qui pourrait être un scénario alternatif à la version officielle. Je ne prends pas parti. J’expose les arguments des tenants de cette théorie dite du complot et je ne conclus pas. Je reste prudent. Mais mon « crime » est d’avoir osé présenter de manière crédible et donc convaincante ces éléments de contestation de la version officielle.
Je suis un scientifique, j’ai une première formation de sciences mathématiques et physiques avant d’être passé à la science politique. Pour avoir creusé le sujet (surtout aux États-Unis) et pour avoir beaucoup parlé de cela avec des experts français du renseignement (qui eux ne parlent pas mais n’en pensent pas moins), je peux vous dire que j’ai des doutes plus qu’importants quant à la version officielle. En tout cas, je ne vois pas au nom de quoi il serait interdit de penser sur ce sujet. On aurait le droit d’imaginer des choses horribles sur les musulmans ou sur n’importe quelle civilisation, mais dès que cela touche aux Américains, et plus encore à Israël, c’est quasiment un crime contre l’humanité que d’imaginer que des cyniques aient pu concevoir un tel crime.
Hugues Wagner : Vous venez de faire suspendre, par le tribunal administratif, la décision du ministre. Pouvez-vous à nouveau donner des cours ?
Aymeric Chauprade : Après un premier référé, nous en avons fait un deuxième en montrant que la décision menaçait mon économie personnelle. Le juge des référés a jugé qu’une liberté fondamentale, celle des droits de la défense, avait été gravement bafouée. Je suis tombé sur un juge indépendant et juste, dans une France de plus en plus verrouillée médiatiquement et politiquement. Même quand tout est verrouillé, il faut toujours croire en la France. Conséquence : théoriquement je peux reprendre mes cours. Évidemment, dans la pratique c’est plus compliqué. Le ministère de la Défense va devoir dire clairement quelle faute j’ai pu commettre. En réalité, tout le monde sait que la vraie raison de mon éviction est que j’étais le dernier représentant, dans les institutions de défense, de la ligne gaulliste en politique étrangère. Je suis pour un monde multipolaire et non pour cette folle politique de « l’Occident contre les autres » que représentent ceux qui sont au pouvoir maintenant en France.
Hugues Wagner : Quelles ont été les réactions de vos élèves et collègues, notamment du Collège royal militaire supérieur du Maroc, où vous enseignez ?
Aymeric Chauprade : Je suis extrêmement touché par les très nombreuses manifestations de solidarité que j’ai eues. Pas seulement l’immense majorité des officiers français de l’École de guerre, mais aussi les étrangers. Les stagiaires africains étaient très en colère notamment, ceux des pays arabes aussi. J’ai reçu, plus discrètement des témoignages d’amitié venant de pays asiatiques. Mon éviction est interprétée, à juste titre, comme la manifestation évidente de la rupture de la France avec les fondamentaux de sa politique étrangère d’équilibre. J’attends de voir ce que va faire le Collège des forces armées Royales du Maroc. J’y enseigne depuis six ans et j’ai toujours donné satisfaction. On aimait à Rabat ma liberté d’expression. Je suis employé directement par les Marocains et non par la partie française. Normalement, le Maroc n’étant plus un protectorat, je m’attends à ce que rien ne change, malgré les pressions.
Hugues Wagner : Que pensez-vous de la réintégration par la France du commandement de l’Alliance atlantique (Otan) ?
Aymeric Chauprade : Elle est contraire à l’intérêt de la France et nous n’avons pas eu de véritable débat sur ce sujet à l’échelle nationale. Je suis frappé de constater à quel point les médias français sont verrouillés par les relais d’influence américain et israélien qui ont totalement neutralisé toute possibilité de débat. Depuis la sortie de ce commandement en 1966, il y avait un consensus de droite et de gauche. La « valeur ajoutée » de la France sur la scène internationale tenait en partie à cette position singulière, à cet héritage de la troisième voie, j’ose dire de non-alignement, car si la France est bien d’Occident, elle ne doit pas pour autant réduire sa politique mondiale à une politique occidentale. Sa vocation est de défendre l’équilibre multipolaire, pour que toutes les civilisations aient leur place dans l’Histoire.
Hugues Wagner : Une alliance est-elle dirigée contre un objectif. la Russie, la Chine, l’Iran, le terrorisme ?
Aymeric Chauprade : Les Américains ont remplacé la lutte contre le communisme par celle contre le terrorisme. Cette nouvelle idéologie vise à coaliser les anciens alliés de la guerre froide. Logiquement, il aurait dû y avoir une Europe puissante après la guerre froide. Or, qu’avons-nous aujourd’hui ? Une Europe certes économique, mais géopolitiquement parlant composante d’un bloc transatlantique dominé par les États-Unis. Le président Chirac a tenté de s’opposer à cela avec son acte courageux en 2003 avec l’affaire d’Irak. Je suis convaincu que ce qui se passe aujourd’hui est le retour de bâton de 2003. Les Américains se sont dits : « ces Français se sont opposés sur l’Irak ; c’est un raté, changeons les choses en France et ils ne s’opposeront pas demain sur l’Iran ».
Hugues Wagner : L’ancien premier ministre français Dominique de Villepin a déclaré que l’Otan était « totalement sous contrôle américain ». Est-ce votre avis ?
Aymeric Chauprade : Il a raison. Villepin a été l’honneur de la France à la tribune de l’Onu en 2003. Aujourd’hui, comme d’autres, il a raison de rappeler cette évidence : après la disparition du Pacte de Varsovie, l’Otan aurait dû disparaître. Elle n’a pas disparu parce que cela a été, dès 1990, une priorité des États-Unis de l’étendre et de la renforcer. L’organisation de l’Europe centrale et orientale va de pair avec l’élargissement de l’Union européenne. Et les Américains, voyant que l’Allemagne poussait pour reconstruire son espace d’influence à l’éclatement de la Yougoslavie, ont compris qu’il y avait là un potentiel de guerre susceptible de redonner une raison d’exister à l’Otan. Avec la Yougoslavie, l’Otan a glissé vers la guerre d’ingérence manichéo- humanitaire…
Hugues Wagner : Est-il vrai que vous défendez une théorie du choc des civilisations, notamment au travers d’une opposition entre l’Europe (Russie incluse) et l’islam ?
Aymeric Chauprade : Les civilisations sont un facteur important de l’Histoire mais je ne réduis pas l’Histoire au choc des civilisations. Les civilisations existent, on ne peut le nier. Et dans la longue durée, la problématique de la hiérarchie de puissance entre les civilisations est une réalité. L’Occident européen est devenu moteur de la mondialisation au XVIe siècle et a supplanté l’islam en le contournant grâce à l’ouverture des grandes routes maritimes qui ont permis d’atteindre l’Asie. Aujourd’hui, peut-être que l’Asie est en train de prendre la tête de la mondialisation et que ce qui nous menace est une guerre de l’Amérique n’acceptant pas son déclassement. Jacques Sapir soutient, très intelligemment, que si l’Amérique n’arrive plus à faire l’ordre américain elle fera le désordre… Je crois à ces réalités-là. Donc il n’y a pas que l’islam et les Européens ; ces rapports de force entre civilisations existent aussi entre Chinois et Indiens, entre Indiens hindouistes et musulmans, etc.
Je crois qu’Européens et Russes ont un destin commun à construire et qu’ils doivent bâtir un rapport équilibré avec le monde musulman. La France doit développer une politique arabe intelligente car équilibrée. Les Russes ont l’expérience de l’islam caucasien et centre-asiatique depuis le XVIIIe siècle alors que les Américains n’y comprennent rien.
Hugues Wagner : Certains prétendent que vous pourriez avoir été victime d’une « campagne d’épuration » menée par un cercle néoconservateur proche du pouvoir comme l’auraient été les journalistes Richard Labévière de RFI, ou Moktar Gaoud et Agnès Levallois de France 24…
Aymeric Chauprade : Ce n’est pas une supposition c’est un fait avéré. La France est en train de vivre une épuration douce et sourde (regardez mon cas : alors que j’ai gagné contre un ministre, aucun quotidien national n’en a fait état) de tous ceux dont la pensée va à l’encontre des intérêts d’Israël et des États- Unis. Cela peut paraître difficile à croire, mais c’est pourtant la vérité. Qu’il s’agisse de gens de gauche ou de la droite conservatrice, tous ceux qui « tombent » ont un point commun : leurs analyses ne vont pas dans le sens des intérêts américains et israéliens.
Hugues Wagner – Afrique Asie – Juin 2009
Source : Afrique Asie et rediffusé par Libertés & Internets
La mainmise de Kindle sur la «cyberlecture» tire peut-être à sa fin
Poste par aserra dans Interviews, Livres le 20 août 2009
Il y a quelques semaines, Pasquale Castaldo attendait un vol qui avait été retardé à l’aéroport Dallas-Fort Worth, lorsqu’un homme assis en face de lui a sorti un lecteur de livre électronique Amazon Kindle. Il s’est aussitôt demandé s’il ne pouvait pas également s’adonner à la «cyberlecture».
M. Castaldo ne possédait pas un Kindle, mais il avait un BlackBerry. Il l’a sorti et s’est mis à chercher les applications existantes. Comme par hasard, Barnes & Noble Inc. venait tout juste de rendre disponible un programme de «cyberlecture». L’homme de 54 ans l’a téléchargé et à peine une minute plus tard, il amorçait la lecture de «Orgueil et Préjugés» (Pride and Prejudice), de la romancière anglaise Jane Austen.
Comme bien d’autres, le banquier originaire de North Haven, au Connecticut, sait maintenant que des «cyberlivres» sont disponibles dans Internet sans devoir nécessairement compter sur un Kindle. Grâce à ce dispositif, commercialisé par Amazon.com, les ventes de cyberlivres connaissent enfin du succès après avoir végété pendant plus d’une décennie.
Mais cette domination risque de ne pas durer. Comme l’a découvert M. Castaldo, de nombreux téléphones sont devenus si sophistiqués et comptent sur des écrans tellement performants qu’ils peuvent être transformés en dispositifs de lecture électronique.
Depuis le début de 2008, soit juste après le lancement du Kindle, les ventes de cyberlivres ont bondi radicalement, selon l’Association of American Publishers. Elles ont connu la croissance la plus soutenue de l’industrie depuis que l’International Digital Publishing Forum suit l’évolution des ventes, en 2002, et une preuve que les cyberlivres sont sur le point de devenir monnaie courante.
Selon une douzaine de maisons d’édition, les ventes de cyberlivres entre les mois d’avril et de juin 2009 ont plus que triplé aux États-Unis par rapport aux chiffres enregistrés il y a un an. Les ventes rapportées, en fonction des prix au détaillant, se sont chiffrées à 37,6 millions $, ce qui représente moins que deux pour cent de l’ensemble des recettes de l’industrie du livre. Mais ces chiffres sous-évaluent l’ampleur des ventes de cyberlivres car plusieurs maisons d’édition ne fournissent pas de données au rapport. Les ventes de cyberlivres ont été lentes à s’établir à cause, entre autres, de restrictions technologiques.
Le Kindle et le Reader, de Sony, tentent de reproduire l’aspect d’une page imprimée à l’aide d’une technologie d’affichage surnommée «encre électronique». Si plusieurs adeptes trouvent qu’il est facile d’y lire, l’encre électronique impose des limites au dispositif, qui n’offre pas l’écran à rétroéclairage. Elle ne peut afficher les couleurs. Le processus de mise à jour est lent, rendant son usage difficile pour la navigation dans Internet ou autres activités réalisées à l’aide d’un ordinateur.
Bien que le Kindle ait stimulé l’intérêt pour les livres électroniques, le téléchargement d’applications de cyberlecture pour les «téléphones intelligents» a surpassé l’utilisation du Kindle, selon Sarah Rotman Epps, analyste chez Forrester Research. Par exemple, on compte déjà plus de 2 millions de téléchargement de l’application Stanza pour iPhone et iPod Touch depuis l’été dernier. Or, selon les estimations de Mme Rotman Epps, il s’est vendu quelque 900 000 Kindle pendant le premier trimestre de l’année en cours.
Selon Mme Rotman Epps, il existe un marché viable pour les dispositifs ciblés de lecture électronique, mais le potentiel pour la cyberlecture à l’aide d’appareils que les gens possèdent déjà est encore plus prometteur.
Article paru le 19 août 2009 sur Cyberpresse : http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/produits-electroniques/200908/18/01-893477-la-mainmise-de-kindle-sur-la-cyberlecture-tire-peut-etre-a-sa-fin.php?utm_source=bulletinTN&utm_medium=email&utm_campaign=retention
article présenté par André Serra : http://andreserra.blogauteurs.net/blog/